Conakry, 19 août 2026 – Le montant de 250 millions de dollars consacré aux travaux de rénovation et de modernisation des stades du 28-Septembre et de Nongo continue d’alimenter les débats en Guinée. Dans une tribune intitulée « Reconstruction ou rénovation des stades du 28-Septembre et de Nongo ? », l’ancien ministre de la Jeunesse et des Sports, Keamou Bogola Haba, apporte des éléments d’explication sur la nature des travaux, le coût des investissements et les perspectives d’exploitation de ces infrastructures sportives.
Selon l’ancien ministre, le débat autour du montant annoncé est légitime, mais doit être accompagné d’informations précises sur ce que financent réellement les 250 millions de dollars.
« Le débat est légitime, et il est sain. Ceux qui demandent des comptes sur l’argent public ont raison de le faire », estime Keamou Bogola Haba, qui appelle toutefois à dépasser les simples conversions en francs guinéens et les comparaisons basées uniquement sur le nombre de places des stades.
Des infrastructures bien plus complexes qu’une simple rénovation
Pour l’ancien ministre, les travaux engagés ne se limitent pas à une remise à niveau superficielle des deux enceintes. Il explique qu’un stade répondant aux normes internationales nécessite notamment une pelouse certifiée, un système de drainage, un éclairage adapté, des équipements de retransmission, des dispositifs de sécurité, des vestiaires, des salles de presse, des espaces antidopage et des installations adaptées aux différentes disciplines sportives.
« Ce n’est pas une retouche : c’est une reprise », soutient-il, faisant notamment référence au cas du complexe sportif de Nongo, dont plusieurs équipements doivent être entièrement repris ou remplacés.
Environ 120 millions de dollars pour Nongo
D’après les explications fournies par Keamou Bogola Haba, le complexe de Nongo représente environ 120 millions de dollars d’investissement pour sa finition, tandis que les travaux du stade du 28-Septembre sont estimés à environ 130 millions de dollars.
À Nongo, le projet prévoit notamment un stade annexe aux normes CAF et FIFA, l’augmentation importante des capacités de stationnement, une tribune couverte, des loges VIP et VVIP, des vestiaires modernes, une salle antidopage, une clinique, des espaces de presse, une pelouse naturelle avec arrosage et drainage automatiques, ainsi que des systèmes modernes de sécurité, de sonorisation et d’éclairage.
Le complexe devrait également intégrer des espaces commerciaux, de restauration, de jeux et de conférences, ainsi qu’un musée du sport guinéen.
Le 28-Septembre transformé en complexe multisports
Le projet du stade du 28-Septembre va également au-delà du football. L’infrastructure doit notamment disposer de 18 000 places, avec une possibilité d’extension à 32 000 places, mais aussi d’une arène modulable de 6 000 à 9 000 places, d’un nouveau palais des sports, d’une piscine olympique, d’un stade annexe, d’une école de sport et d’une clinique médico-sportive.
Des infrastructures administratives destinées au mouvement sportif guinéen, de nouveaux accès et une esplanade modernisée pour les grands événements sont également prévus.
Pour Keamou Bogola Haba, il serait donc réducteur de présenter ces investissements comme une simple rénovation de deux terrains de football.
« La plus grande partie de cette liste n’existait nulle part en Guinée : c’est du nouveau. Ce n’est pas une rénovation : c’est un équipement et un patrimoine national qui apparaissent pour faire de Conakry une destination internationale du sport de haut niveau », affirme-t-il.
Le retour du football guinéen à domicile
L’ancien ministre rappelle également que la Guinée a été privée pendant plusieurs années de la possibilité d’accueillir ses rencontres internationales à domicile. Le stade du 28-Septembre a obtenu en 2026 une homologation provisoire, tandis que Nongo devrait suivre dans les prochains mois, avec notamment l’option d’une pelouse naturelle.
Les autres disciplines sportives pourraient progressivement bénéficier des nouvelles installations entre 2027 et 2029, sous réserve de la poursuite du projet et de l’obtention des homologations internationales.
L’enjeu de l’exploitation après les travaux
Au-delà de la construction et de l’homologation, Keamou Bogola Haba insiste sur la nécessité de garantir une bonne exploitation des infrastructures une fois les travaux achevés.
Il rappelle que, par décret du 15 août 2025, l’État a créé la Direction générale de Nimba Sport, appelée à devenir une société anonyme à capital entièrement public. Cette structure doit notamment assurer l’exploitation commerciale des infrastructures à travers la billetterie, les loges, les boutiques, les espaces publicitaires, le sponsoring, la location des salles et terrains, ainsi que l’organisation de concerts et d’événements.
Une étude d’opérationnalisation réalisée en 2025 par un cabinet indépendant aurait évalué le chiffre d’affaires cumulé de ce portefeuille à environ 948 millions de dollars sur dix ans, avec un retour sur investissement projeté à l’horizon 2031 pour Nongo et 2033 pour le 28-Septembre. Ces projections devront toutefois être concrétisées dans la gestion effective des infrastructures.
« Achever, gérer et rendre compte »
Pour l’ancien ministre de la Jeunesse et des Sports, trois priorités doivent désormais guider la suite du projet : achever les travaux et obtenir les homologations définitives, mettre Nimba Sport en ordre de marche et assurer la transparence sur l’utilisation des fonds publics et les revenus générés.
« À un moment donné, une nation souveraine et ambitieuse fait des choix ambitieux. Il lui reste à les faire fructifier », conclut Keamou Bogola Haba.







