CONAKRY – Le Forum des Forces Sociales de Guinée (FFSG) hausse le ton après l’effondrement meurtrier survenu dans la nuit du 22 au 23 août 2026 à la décharge de Dar-es-Salam, dans la commune de Gbessia. Dans une déclaration rendue publique le 30 août, l’organisation de la société civile réclame toute la lumière sur les circonstances du drame, la détermination des responsabilités et une meilleure prise en charge des victimes et des sinistrés.

Le FFSG dit avoir accueilli avec une « profonde consternation » la catastrophe qui a fait plusieurs victimes, des blessés et de nombreuses familles privées de leurs logements. L’organisation adresse ses condoléances aux familles endeuillées et exprime sa solidarité aux personnes affectées.
Pour le Forum des Forces Sociales de Guinée, cette tragédie ne peut être expliquée uniquement par les conditions météorologiques. L’organisation rappelle que les populations riveraines et les jeunes de Dar-es-Salam auraient, depuis plusieurs années, alerté sur les dangers liés à la présence de cette décharge et appelé les autorités à sa fermeture.
Une fermeture annoncée le jour du drame
Dans sa déclaration, le FFSG revient également sur le projet de Centre d’Enfouissement Technique (CET) de Baritodé, dans la commune rurale de Kouria, préfecture de Coyah. Selon l’organisation, ce projet s’inscrit dans le cadre du programme SANITA, soutenu notamment par l’Union européenne et l’Agence française de développement, pour un investissement annoncé de 70 millions d’euros.
Le Forum souligne surtout la concomitance entre la date annoncée pour la fermeture définitive de la décharge de Dar-es-Salam et la catastrophe.
« Un danger identifié, documenté, annoncé publiquement, et qui se réalise de façon tragique le jour même de l’échéance fixée par le gouvernement », déplore le FFSG.
Cette situation, estime l’organisation, « soulève des questions graves qui exigent des réponses ».
Une enquête indépendante réclamée
Face à ces interrogations, le FFSG demande la mise en place d’une enquête indépendante afin d’établir les circonstances exactes de l’effondrement.
L’organisation souhaite notamment que soient examinés l’historique des alertes adressées aux autorités, les mesures prises pour sécuriser le site ainsi que la nature et la chronologie des éventuels travaux ou interventions effectués avant le drame.
Le Forum précise que cette démarche ne vise pas à préjuger des responsabilités.
« Il ne s’agit pas de préjuger des responsabilités, mais de faire toute la lumière sur les faits », affirme-t-il, tout en demandant que les éventuelles responsabilités soient établies et que les victimes soient identifiées de manière exhaustive.
Le FFSG plaide également pour des réparations adaptées à la nature et à l’ampleur des préjudices subis par les différentes catégories de victimes.
Le FFSG dénonce une « seconde violence »
Au-delà des causes de l’effondrement, l’organisation s’inquiète des opérations menées par les autorités après la catastrophe pour sécuriser et fermer le site.
Le FFSG estime que la méthode des opérations de déguerpissement suscite « des inquiétudes et de l’indignation », particulièrement dans un contexte marqué par le deuil, la précarité et les fortes pluies.
L’organisation évoque également des préoccupations concernant l’implication des victimes dans l’identification des sinistrés, la gestion de la chaîne de solidarité et la prise en charge des corps en lien avec les familles.
Pour le Forum, la sécurisation du site est nécessaire, mais elle ne doit pas aggraver la situation des populations déjà vulnérables.
« La sécurisation de Dar-es-Salam est une nécessité. Mais elle ne doit pas se transformer en une nouvelle épreuve pour des populations déjà vulnérables », prévient-il.
Cinq principales revendications
Dans sa déclaration, le FFSG demande notamment l’arrêt immédiat de toute opération qu’il qualifie de brutale et réclame que les éventuels déplacements ou relocalisations soient effectués dans le respect des procédures et de la dignité humaine.
L’organisation exige également une prise en charge « digne et intégrale » des victimes et des sinistrés, comprenant les soins, l’identification des victimes, le soutien aux familles endeuillées ainsi qu’un relogement décent et durable.
Le FFSG demande par ailleurs la publication transparente des conclusions des enquêtes et souhaite que les autorités clarifient l’état d’avancement des solutions alternatives de gestion des déchets, notamment le projet de CET de Baritodé.
Il réclame enfin la mise en place d’un véritable plan national de prévention et de gestion des risques dans les zones exposées.
« Les victimes ont droit à la vérité »
En conclusion, le Forum des Forces Sociales de Guinée appelle les différentes composantes de la nation ainsi que les partenaires de la Guinée à maintenir leur mobilisation aux côtés des victimes.
Pour l’organisation, le drame de Dar-es-Salam ne doit pas être relégué aux oubliettes après les premières émotions et les annonces publiques.
« Les victimes ont droit à la vérité. Les familles ont droit à la justice. Les sinistrés ont droit à la dignité. Les populations ont droit à la protection de l’État », martèle le FFSG.
L’organisation estime ainsi que Dar-es-Salam doit servir de leçon afin de renforcer la prévention des risques et éviter qu’une catastrophe similaire ne se reproduise.
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