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LES FEMMES, UN CHOIX JUDICIEUX POUR PANSER LA PLAIE BÉANTE DE LA CORRUPTION ?

Par Mohamed Condé

La lutte contre la corruption et le détournement des deniers publics demeure l’un des défis majeurs de la gouvernance en Guinée. Face à l’ampleur des scandales financiers qui alimentent régulièrement l’actualité, une question mérite d’être posée : la responsabilisation accrue des femmes dans la gestion des affaires publiques pourrait-elle contribuer à mieux lutter contre ces fléaux ?

Dans la gestion de la chose publique, les femmes semblent, selon une certaine perception, faire preuve de davantage de rigueur et être moins enclines aux détournements de fonds publics que les hommes. Cette tendance, souvent attribuée à leur prudence et à leur souci de préserver leur réputation, mérite toutefois d’être examinée avec nuance.

Une présence moins visible dans les grands scandales financiers

Cela ne signifie évidemment pas que les femmes soient totalement épargnées par la corruption ou les détournements. Elles peuvent, comme les hommes, être impliquées dans des pratiques répréhensibles.

Cependant, lorsqu’on évoque les grands scandales de détournement de deniers publics, les noms qui reviennent le plus souvent sont majoritairement ceux d’hommes. Pourtant, les femmes occupent également des fonctions importantes dans l’administration : ministres, directrices générales, cadres de l’État ou responsables d’institutions publiques.

Dès lors, une interrogation s’impose : pourquoi leur présence apparaît-elle moins fréquemment dans les affaires de corruption de grande ampleur ?

Combien de femmes ont-elles été poursuivies ou présentées devant les juridictions spécialisées dans la répression des infractions économiques et financières ? La question mérite d’être posée, sans pour autant transformer cette observation en une règle générale.

Hommes et femmes face à la tentation de l’enrichissement
Une réflexion souvent avancée dans le débat public veut que les motivations liées à l’argent et à l’enrichissement ne soient pas toujours les mêmes chez les hommes et chez les femmes.

Selon cette perception, les femmes chercheraient davantage à assurer leur stabilité et celle de leur famille, tandis que certains hommes seraient davantage tentés par une accumulation toujours plus importante de richesses et de biens matériels.

Il serait toutefois réducteur d’en faire une vérité absolue. Il existe des femmes impliquées dans des actes de corruption comme il existe des hommes profondément attachés à l’intégrité, à la probité et au service de l’État.

Le véritable enjeu reste donc celui de la personnalité, de l’éthique, du contrôle institutionnel et de la responsabilité individuelle, indépendamment du sexe.

Une femme aux commandes des finances publiques : quand la rigueur dérange

Dans un contexte marqué par les soupçons de détournements et de mauvaise gestion, la nomination d’une femme à la tête du ministère de l’Économie, des Finances et du Budget peut constituer un véritable test de gouvernance.

Lorsque, quelques mois après sa prise de fonction, plusieurs dossiers sensibles commencent à émerger et que sa rigueur suscite des critiques, une autre question apparaît : la fermeté dans la gestion des finances publiques est-elle réellement un problème ou constitue-t-elle justement une partie de la solution ?

Dans la lutte contre la corruption, la rigueur ne devrait pas être perçue comme une faiblesse ou comme une menace. Elle devrait, au contraire, être considérée comme une exigence fondamentale de la gestion publique.

Et si les femmes étaient davantage responsabilisées ?

Face à ces constats, pourquoi ne pas envisager une présence beaucoup plus importante des femmes dans les postes stratégiques de l’administration publique, notamment à la tête des régies financières et des institutions chargées de la gestion des ressources de l’État ?

L’objectif ne serait évidemment pas de considérer que les femmes sont, par nature, incorruptibles. Une telle affirmation serait injustifiée.

Il s’agirait plutôt de diversifier les profils, renforcer les mécanismes de contrôle et donner davantage de responsabilités aux femmes qui démontrent leurs compétences, leur intégrité et leur capacité à gérer les affaires publiques avec rigueur.

Donner leur chance aux femmes

La lutte contre la corruption ne peut reposer uniquement sur les individus. Elle nécessite des institutions fortes, des mécanismes de contrôle efficaces, une justice indépendante et des sanctions crédibles.

Mais les choix opérés dans la nomination des responsables publics peuvent également jouer un rôle déterminant.
Il serait donc souhaitable que les autorités accordent davantage de confiance aux femmes compétentes et intègres en leur confiant des responsabilités stratégiques dans la gestion des finances publiques.

La question n’est finalement pas de savoir si les femmes sont naturellement moins corruptibles que les hommes. Elle est de savoir si la Guinée peut se priver du potentiel d’une partie importante de ses compétences dans sa lutte contre la corruption.

Dans un pays confronté à une plaie aussi profonde que celle des détournements de deniers publics, toutes les compétences, toutes les énergies et tous les profils capables de défendre l’intérêt général doivent être mobilisés.

Et si, finalement, une plus grande responsabilisation des femmes constituait l’une des pistes à explorer pour renforcer la gouvernance publique et panser la plaie béante de la corruption ?

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