Conakry — Près de cinq décennies après sa disparition, le souvenir de Bah Sadio, grande figure de la musique et du folklore peul en Guinée, reste profondément ancré dans la mémoire collective. Sa famille biologique souhaite désormais voir sa dépouille rapatriée en Guinée, afin qu’il puisse reposer sur sa terre natale.

Né en 1940 à Lélouma, Amadou Sadio Bah, plus connu sous le nom de Bah Sadio, s’est illustré comme l’un des artistes guinéens ayant marqué la musique traditionnelle et le patrimoine culturel peul. Il doit notamment sa notoriété à « Djéré Lélé », une chanson devenue emblématique et qui continue de résonner auprès de plusieurs générations de mélomanes guinéens.
Une disparition à Paris
La carrière de Bah Sadio a été brutalement interrompue en France. Selon les témoignages rapportés par ses proches, l’artiste, alors âgé de 36 ans, souffrait de problèmes de santé et avait été admis à l’hôpital pour recevoir des soins.
Il est décédé le 25 octobre 1976 à l’hôpital Bichat, à Paris, alors qu’il subissait une intervention chirurgicale. Des proches de l’artiste rejettent ainsi la thèse d’un éventuel empoisonnement et attribuent son décès à des complications liées à une maladie du foie, notamment une cirrhose.
Des interrogations autour des circonstances de sa mort
Depuis sa disparition, plusieurs récits ont circulé sur les circonstances exactes de la mort de Bah Sadio. L’une des versions évoque notamment un possible empoisonnement qui aurait impliqué son épouse française.
Cette hypothèse, toutefois, n’est pas confirmée par les témoignages de certains proches et amis intimes de l’artiste. Ces derniers soutiennent plutôt la version d’un décès lié à son état de santé.
Une autre histoire, davantage liée à son œuvre musicale, raconte que son épouse s’était interrogée sur l’émotion particulière avec laquelle il interprétait « Djéré Lélé ». Bah Sadio lui aurait alors expliqué que la chanson évoquait la nostalgie d’une personne vivant loin de sa terre natale et nourrissant l’espoir d’y retourner un jour.
Au-delà des différentes versions qui entourent sa disparition, cette anecdote illustre surtout le lien profond que l’artiste entretenait avec sa terre natale et son attachement à la Guinée.
Une tombe toujours identifiable à Paris
Après sa mort, Bah Sadio a été inhumé au cimetière parisien de Thiais, dans la division 74, ligne 21. Sa concession avait été acquise pour une durée de 25 ans, ce qui avait suscité des inquiétudes quant au devenir de sa sépulture.
Des recherches effectuées en 2025 auraient toutefois permis de confirmer que la dépouille de l’artiste n’avait pas été déplacée et que sa tombe demeurait identifiable.
La famille sollicite l’intervention des autorités guinéennes
Aujourd’hui, la famille biologique de Bah Sadio souhaite franchir une nouvelle étape : faire revenir sa dépouille en Guinée.

Elle a officiellement sollicité l’appui des autorités guinéennes, notamment celui du ministre de la Culture, du Tourisme et de l’Artisanat, Moussa Moïse Sylla, afin de faciliter les démarches nécessaires au rapatriement de la dépouille.
Pour les proches de l’artiste, ce retour constituerait bien plus qu’une simple opération administrative. Il représenterait un acte de reconnaissance envers une figure majeure de la culture guinéenne, disparue loin de son pays.
Un hommage à une mémoire toujours vivante
Près de cinquante ans après sa mort, Bah Sadio continue de vivre à travers son répertoire musical. Sa célèbre chanson « Djéré Lélé » demeure notamment l’un des témoignages de l’héritage qu’il a laissé à la musique guinéenne.
Le souhait de voir sa dépouille revenir en Guinée apparaît ainsi comme une démarche à la fois familiale, culturelle et symbolique.
Le rapatriement de ses restes permettrait, selon ses proches, à la Guinée de rendre un dernier hommage à cet artiste qui a consacré une partie de sa vie à la valorisation de son patrimoine culturel.
Cette mémoire continue également d’être entretenue par de jeunes artistes. La reprise de « Djéré Lélé » par Soul Bang’s a notamment contribué à faire découvrir cette œuvre à une nouvelle génération et à maintenir vivant l’héritage musical de Bah Sadio.
Mort à Paris en 1976, Bah Sadio repose toujours loin de Lélouma, sa terre natale. Aujourd’hui, sa famille espère que les autorités guinéennes pourront contribuer à son retour définitif au pays.
Un retour qui serait, pour ses proches, une manière de refermer un long chapitre et de permettre à l’un des grands noms de la musique guinéenne de reposer enfin sur sa terre natale.
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